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Rose magazine fête ses dix ans

by | Apr 2, 2021 | Dernières prises, Planète Crabe

Lorsque la journaliste Céline Lis-Raoux apprend à 37 ans qu’elle est atteinte d’un cancer, elle fait face au manque d’information laconique des médecins en la matière. Elle saisit l’opportunité et lance Rose magazine, qui fête ses 10 ans.

Rose Magazine n°19 – Automne/Hiver

« Puis-je faire du sport ? Je peux avoir une vie sexuelle ? Qu’est-ce que je dis à mon employeur ? Je peux aller à la plage avec un cancer ? Où trouver un maillot de bain après une ablation ? ». Autant de questions qui se sont posées à Céline Lis-Raoux lorsque sa vie de femme a changé du tout au tout avec la maladie. Autant de questions auxquelles elle tente de répondre pour aider toutes les femmes atteintes du cancer.

« À l’époque, on partait du principe que les femmes vivaient en apnée durant tous les traitements », se souvient Céline Lis-Raoux. Loin de blâmer les médecins, elle affirme que cette absence d’informations s’explique notamment par ce qu’était le cancer il y a encore trente ans : une maladie uniquement associée…à la mort. « C’était une maladie de vieux, pas pour les moins de 40 ans : ma génération a été la première à poser des questions pour continuer à vivre », observe la journaliste. 

« S’adresser avant tout à une femme et pas à une malade »

Désormais à la tête d’une équipe de 14 salariés (avec la co-fondatrice du journal, Céline Dupré, directrice d’une agence de communication dans le secteur de la santé), Céline Lis-Raoux estime son objectif atteint. Le féminin répond aux questions beauté, quotidiennes autant que médicales et pratiques (sexe, sport, etc.). Son ambition : « Créer une boîte à outils pour les infos utiles, pour les femmes de tous les âges : s’adresser avant tout à une femme et pas à une malade ! ». 

Le premier numéro sort en octobre 2011, avec le pari un peu fou d’en publier directement 200 000 exemplaires. Aucun média professionnel n’existait jusqu’alors pour les 3 millions de malades du cancer en France : Rose magazine est alors unique en son genre. Au-delà de sa vocation d’accès à l’information, la journaliste souhaite que ce bi-annuel féminin soit accessible gratuitement dans les hôpitaux avec un format joli et attrayant qui ne résume pas une femme à son cancer.

« On m’a accusée de ‘’glamouriser’’ le cancer : quand vous êtes malade, votre quotidien n’est pas beau », pointe Céline Lis-Raoux. Qui rêve que ces femmes retrouvent justement, grâce au magazine, un peu de beauté et de temps pour elles. Et qu’elles se sentent un peu moins seules face aux questions intimes. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’ont amenée à créer un magazine exclusivement féminin, dit-elle. D’expérience, la journaliste constate que les hommes ont « un rapport moins décomplexé avec la maladie que les femmes ». Sur les réseaux sociaux ou les forums de témoignages, les femmes s’expriment aujourd’hui de plus en plus facilement sur la maladie. « Les hommes se laissent moins le droit d’être malade », observe la cofondatrice de Rose magazine, très désireuse pourtant d’inclure au maximum ces derniers.

Rose up, l’association aux 5000 adhérents 

L’association Rose up, créée à l’origine pour lancer le magazine, compte aujourd’hui près de 5 000 adhérents. Si les publications restent l’activité principale de Rose magazine, les services de son association ne sont pas à négliger. L’initiative a également permis la création d’un site professionnel Rose up, avec des contenus médicaux plus spécifiques que ceux que distille le magazine. Il est surtout consulté par des femmes qui ont des cancers un peu plus graves (qui nécessitent des informations plus pointues). Des webinaires sont notamment à disposition – ils permettent la participation gratuite à des conférences, des discussions ou même des ateliers en ligne (cuisine, pilates, etc.).

Pré-Covid, ces ateliers étaient dispensés dans des maisons d’accueil, à Paris et Marseille. On les appelle les « maisons roses ». Ces instances d’accueil toutes équipées sont réservées aux femmes atteintes du cancer : cuisine, salle de sport, mais aussi bureaux et conseillers sont à disposition. Des programmes de réinsertion et de retour à l’emploi y sont proposés par des professionnels. « Avant, on partait du principe que les cancéreux étaient des morts en sursis. La plupart avaient déjà atteint l’âge de la retraite. Aujourd’hui, on veut fournir tout ce qui permet aux gens de se projeter, d’avoir foi en l’avenir, explique Céline Lis-Raoux. Pour 2022, nous réfléchissons à la création d’une ‘maison rose virtuelle’ avec tous nos ateliers à retrouver en ligne. »

Car nombre de femmes atteintes du cancer vivent dans des situations précaires. La plupart sont mal renseignées sur les aides sociales dont elles peuvent faire la demande. Rose répertorie, dans une rubrique spéciale, toutes ces aides potentielles. La plateforme évoque aussi des situations plus spécifiques, liées à certains handicaps par exemple.

Le combat du droit à l’oubli

Lorsque vous entrez sur le site, un pop-up vous accueille pour vous inviter à défendre vos droits : on comprend vite que l’engagement est fort au sein de l’association. « Nous agissons auprès des pouvoirs publics pour défendre les droits de ces femmes à conserver toute leur place dans la société, indique la journaliste. Ce dont je suis la plus fière, en dehors de la création de Rose, c’est d’avoir participé au combat du droit à l’oubli ! »

Avant le passage de la loi pour le droit à l’oubli, un malade dépendait de la convention AERAS (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé). Un banquier ne vous prête de l’argent que si vous avez un assureur. Or, le taux d’intérêt de votre assurance augmente lorsque vous êtes à risque : donc quand vous êtes malade ou plus vieux. « Dans certains cas, l’assurance peut coûter plus cher que le prêt en lui-même », s’insurge Céline Lis-Raoux. Grâce au droit à l’oubli, au bout de 10 ans, il est possible d’« oublier » de mentionner son cancer à l’assureur et ainsi éviter une surévaluation du taux. « Aussi longtemps qu’on nous dit malade, on se sent malade », souligne la journaliste. Or avoir des projets, c’est vivre.


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